Quand l’eau « supercritique » permet de recycler des métaux précieux

Quand l’eau « supercritique » permet de recycler des métaux précieux

Les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) représentent une part importante de l’ensemble des déchets générés par les ménages, les entreprises et les collectivités publiques. Depuis 2006, ils donnent lieu à une collecte séparée, afin de recycler certains de leurs composants.

S’inscrivant dans cette démarche générale, le projet Remetox, qui réunit le CNRS, l’université d’Orléans, le BRGM ainsi que deux entreprises, propose une technique innovante de recyclage de ces DEEE grâce à un élément simple : l’eau.

Elevée à une pression de 250 bars et à une température de 500°C, l’eau atteint un état extrême, dit « supercritique ». Ce faisant, l’eau devient oxydante et permet de détruire la résine présente dans les composants des cartes électroniques et autres équipements électriques jetés.

A terme, l’objectif est de récupérer les métaux précieux contenus dans ces DEEE comme l’argent, le cuivre, le palladium ou le tantale. Ces métaux rares et stratégiques sont indispensables aux nouvelles technologies. A titre, d’exemple, on estime qu’une tonne de DEEE renferme un kilo d’or (certaines cartes électroniques sont plus riches que d’autres, comme celles des ordinateurs et des téléphones portables).

Les techniques actuelles d’hydrométallurgie et de pyrolyse sont polluantes car elles utilisent des solvants organiques. De plus, elles ne permettent pas d’isoler tous ces métaux rares et de les récupérer en intégralité. Le but de l’utilisation de l’eau supercritique est donc d’améliorer la profitabilité du recyclage des DEEE et surtout de diminuer l’empreinte écologique (l’eau utilisée n’est pas polluée par des produits toxiques). L’objectif est de porter le taux de récupération au delà de 95%. Ainsi, ce seraient 10 000 tonnes de cartes électroniques par an qui pourraient être traitées, pour 80 emplois créés dans les Hauts de France.
L’application industrielle est à l’essai, puisque la technique doit encore faire ses preuves au niveau économique et écologique.

Les porteurs du projet Remetox ont été lauréats en 2015 du concours mondial d’innovation (lors de sa deuxième phase) « Innovation 2030 » mis en place par le Président de la République François Hollande. L’enjeu économique est très important avec cette innovation, puisque l’Europe pourrait devenir un des premiers producteurs de tantale au niveau mondial.